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Revue de Presse En broderie tout est encore possible
Elle s'appelle Nadja : prononcer "Nad" "ja" et non Nadia ! Une consonance russe qui rappelle que ses grands-parents, dans leur jeunesse, ont eu un coup de cœur pour ce pays lointain... Elle en a d'ailleurs un faux air malgré ses origines bien françaises : fin visage de porcelaine, de grands yeux bleus toujours prêts à sourire, sa frange au carré et son chignon rond sur le haut de la tête où sont piquées quelques fleurs en tissu, lui donne un air d'héroïne du siècle dernier. Le ton est vif et direct, sans mots inutiles. Son décor : un atelier niché au fond d'une cour d'un quartier populaire de la banlieue parisienne. Un cadre propice à la création où les boîtes bien alignées pleines de perles, paillettes et pierreries, attendent que Nadja les choisisse ! Echantillons, bobines de toutes les couleurs, fer à repasser de professionnel, complètent le décor. Tout est calme en cette matinée, mais la solitude que Nadja n'aime pas particulièrement, fait aussi partie du tableau . Quand on a définitivement tourné le dos à la " pointeuse ", comme elle aime le dire, être seule est parfois "douloureux et violent", car la création commence toujours par une page blanche ! Et broder sans bouger de longues heures d'affilée pour rendre un travail à temps, c'est parfois dur pour le corps ! De temps en temps l'atelier s'anime : pour la couture, Nadja est aidée par une petite équipe qui vient, par intermittence, lui prêter main forte et rompre cette solitude forcée.
Pourtant, sa modestie dût-elle en souffrir, elle devait être douée ! C'est le couturier Christian LACROIX qui l'a fait définitivement s'orienter vers ce métier. Tombé sur un échantillon de broderie réalisé par elle, " je veux voir la brodeuse " a-t-il demandé. Ce premier contrat par l'intermédiaire des Ateliers CARACO de Claudine LACHAUD, l'a fait broder pour la collection de Haute Couture de Christian LACROIX en 1992. Depuis ce jour , la broderie est son métier, et tout s'est enchaîné. Elle
égrène les noms des spectacles, opéras, manifestations, actrices ,
décorateurs de théâtre ou de films pour lesquels elle a brodé comme
si tout était naturel : Arielle DOMBASLE, Emmanuelle BEART, Isabelle
HUPPERT, Catherine DENEUVE, la cape de César dans le film ASTERIX et
OBELIX, l'exposition de Séville, l'opéra de Lyon, les Folies-Bergère...
un palmarès qui en ferait rêver plus d'une. Pourtant, Nadja, "
intermittente du spectacle " comme elle se présente, ne rêve pas
; c'est un travail de l'ombre où l'on s'affaire pour les stars sans
jamais les rencontrer. Un métier d'intuition et de feeling où il
faut sentir ce que l'autre veut, car " face à un dessin, souvent
une simple ébauche, il v a cinquante mille solutions ; il faut donc
sentir la personne pour qui on travaille " précise Nadja. Un
métier plein d'aléas, donc, pas question de s'endormir ! De toute
façon, aucune trace dans son atelier de tout ce travail, à peine
quelques échantillons et photos ;
toutes ses belles
Pourtant, en cherchant bien, quelques pièces uniques finissent par sortir... celles qu'elle brode lorsqu'elle décide de s'y mettre, c'est-à-dire entre deux commandes ; de pures merveilles : un petit chapeau brodé de paillettes et de perles au Lunéville, celui qui l'a fait connaître de Christian LACROIX à ses débuts ; une veste brodée de fleurs en rayonne, et digne des plus grands brodeurs de la Haute couture ; et enfin, " Juliette " - c'est ainsi qu'elle l'a baptisée - une cape en soie brodée de scènes d'hiver avec paillettes d'argent anciennes offertes par Danièle BOUTARD des Ateliers du Costume. Tons tout en douceur, scènes inspirées de Brueghel, " sans la violence " précise-t-elle où la lumière fait vibrer la broderie, car qu'est-ce que la broderie sans la lumière ? " Ce qui est possible de faire est méconnu... Se libérer des normes, car il faut travailler plus vite et ce manque de temps nécessite qu'il faille inventer de nouvelles façons de broder " affirme Nadja ; et " 40 ouvrières qui travaillent sur une pièce, ça n'existe plus ; il faut innover " ajoute-t-elle. Tout est encore possible en broderie pour que ce métier continue d'exister: Nadja s'y emploie !
Nathalie BRESSON Article paru dans la revue Art et Fil avril 2000
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